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Cambodge - Phnom Penh


de Poncherello, 19-03-2006

Bye bye Baker, le Laos, Suor Sdei le Cambodge!!


Dis Baker, tu reprendrais pas un peu de "Fried rice with chicken" ?? je sais que ca va te manquer tout ca hein... Michel, apres 3 mois de vadrouille et de bols de riz en Asie, commence a fantasmer sur une bouffe un peu plus occidentalisee, disons un gros steak et des frites. A Vientiane, pour le dernier soir de notre periple ensemble, il m'invite dans un des restos francais du quartier. Au menu, des trucs franchouilles, du vin (tres bon, on en profite!), un pastaga pour commencer tout ca et Bob Marley pour le fond sonore. Ils servent les rillettes avec une banane ici ?? Mais non Baker, ce n'est qu'un gros cornichon non ?... J'ai bien aime cette pointe d'exotisme dans nos assiettes. Ben bye bye Baker..., avec qui je vais me perdre maintenant ?? Mon sens de l'orientation serait-il infaillible ? Reconnais que ca t'a plu ces egarements involontaires au milieu de nulle part, meme si j'ai parfois essaye de sauver la mise en te disant: "c'est joli ici hein ?"  Bon c'est moins fun de se perdre seule, ca ne m'est plus arrive depuis (ho ho), disons que je suis passee dans la gamme des "experiences rique raque", comme celle de se retrouver dans une riviere en aval d'un barrage duquel on a ouvert les vannes. Ca, c'etait juste une introduction au plateau des Bolaven, dans les environs de Tadlo, sud Laos.

J'avais repere au loin de grandes et fortes chutes d'eau tombant d'une falaise. En m'approchant de plus pres, soit quelques 3 kiloms plus loin tout de meme, j'ai du rebrousser mon chemin car les chutes font partie d'une centrale hydroelectrique, domaine reserve et prive, et ou il interdit d'entrer. En repartant, je passe devant un village Katou qui jouxte les chutes... rapidement, un petit garcon m'interpelle "tat Tsung Hung?' en me montrant du doigt les chutes... Je devine qu'il veut me faire voir ca de plus pres et je dis "OK'. ca m'amuse de suivre un guide haut comme 3 mangues m'emmener voir les chutes. Il commence par me faire traverser des petits cours d'eau ou on avance pieds nus, puis des plus grands, avec de l'eau jusqu'aux genoux, puis davantage encore avec de l'eau jusqu'a la taille... La, je commence a me demander serieusement ce que je fous la, jusqu'a ce que je vois enfin ces chutes, tres impressionnnantes vu de pres. C'est bien normal, il y a une retenue d'eau en amont et les vannes viennent d'etre ouvertes... Je n'ai pas le temps de prendre une photo que mon guide veut qu'on s'en aille tres vite. On est dans la rivere et il me fait comprendre que l'eau est en train de monter de plusieurs niveaux, et sur ce, il fait demi-tour et il s'en va! Je me retrouve comme une idiote dans l'eau, essayant de sauver mon sac de la noyade et je n'ai pas d'autre choix que de suivre mon petit guide fissa fissa... Il prend un autre chemin que celui de l'aller, passe sur un pont en bambou guere plus epais qu'un tuyau d'arrosage. Je me vois mal faire la funambule la-dessus, alors je commence par m'enerver et par lui faire comprendre que je ne veux pas passer sur son pont. Il m'apporte alors un espece de radeau de fortune en bambou, long mais aussi large qu'une assiette. Je monte dessus mais des qu'il le pousse dans les rapides, le radeau se retourne comme une crepe et moi avec, je n'ai plus que ma tete qui emerge de l'eau et mes bras pour sauver mon sac deja tout mouille. Je regagne les bras en l'air la rive sous le regard des villageois, hilares de voir la 'farang' trempee jusqu'au chapeau sortir peniblement de l'eau et s'essorer dans leurs jardins... Le pompon, c'est qu'en repartant, saucee jusqu'a l'os, je me suis gouree de chemin pour revenir au village... Au bout d'un certain nombre de minutes et de kiloms sans doute, sans croiser personne, ni un zebu ni un canard, non seulement je n'arrivais pas a secher serieusement sur pied mais le pire, c'est que je ne reconnaissais rien des environs!! Donc de voir arriver une voiture a l'horizon, j'ai du prendre ca pour un miracle et je me suis pressee de la faire stopper. Finalement ce sont des employes de la centrale qui m'ont gentiment ramenee au village (ou on l'aime bien, c'est bien connu...). J'ai essaye de sortir discretement du vehicule, sans qu'ils remarquent la petite flaque sur le siege arriere... Merci les gars. Ouch !

Du plateau des Bolaven, je ne peux pas dire grand chose, j'ai juste sejourne a Tadlo et rayonne autour. Circuler ici est difficile, il y a peu de bus, songtaews, et les correspondances entre les bus deviennent hasardeuses... Idealement pour vadrouiller ici, il y a la moto, mais seule, sans Baker retourne dans le pole nord, c'est un peu risque. J'abandonne l'idee. La region semble plus pauvre qu'ailleurs, et bien seche en cette periode -les arbres paraissent assoiffes. Les laos cultivent ici le cafe. Certains cafeiers sont en fleur en ce moment. Une jolie fleur blanche qui ressemble a un petit dahlia et qui sent etonnamment tres bon, une odeur douce entre le jasmin et la fleur d'oranger. Une recolte a deja eu lieu il y a quelques temps et on peut voir le cafe secher su rdes nattes a meme le sol. Tadlo est un tout petit village tout simple, avec une riviere, des chutes d'eau et des bassins dans lesquels on peut se baigner. Vivre quelques jours ici, c'est ideal pour passer du temps relax, se ramener a l'essentiel en decouvrant les environs, des villages Katou et Tahoy, tout cela en zappant le confort. Dans le village, j'ai un joli bungalow avec une vue imprenable sur la mare des cochons, on se lave au seau d'eau et c'est tout.

Apres Tadlo, je suis repartie en direction du sud, a Champassak. Champassak est une ville minuscule au bord du Mekong et on y accede en prenant un ferry en bambou. Elle est tres charmante avec ses vieilles maisons coloniales aux facades decrepies et rougies par la poussiere de laterite, son marche, ses ecoliers en tenue bleue marine et blanche qui circulent tous en velo... C'est tout pres de Champassak que je visite le Vat Phu, un temple-montagne pre-angkorien (6e-7e s.) au style architectural empreint d'hindouisme. Le Wat Phu, adosse a une colline, comprend un vaste bassin, des terrasses et des avenues bordees de lingas, une representation du dieu Civa. Le temple est aujourd'hui protege et classe par l'UNESCO; certaines parties sont renforcees et restaurees, dans l'ensemble, il constitue pour moi un peu une introduction a l'art khmer.

Apres Champassak, cap au sud, non loin du Cambodge pour la region des 4000 iles et pour un sejour de lezard sur la petite ile de Don Det. Dans cette region, le Mekong s'etend sur une largeur de 14 kiloms, laissant emerger ca et la pas moins de 4000 iles. Je ne les ai pas comptees mais je pense que le compte y est. La plupart sont des ilots et des gros rochers, peu d'iles sont habitees. Dans ce cas, il en existe au moins 3: Don Khong, qui est la plus grande, puis 2 petites, Don Det et Don Khon. A Don Det je me pose dans une hutte en bambou, avec l'accessoire indispensable: un hamac. Me voici donc pour quelques jours non loin du paradis... jolis decors, eau limpide pour se baigner et retrouver des tetes connues, comme ce couple de francais rencontres dans l'avion de depart London/BKK !! Puis aussi d'autres frenchies croises avant au nord du Laos ou encore en Thailande. Mais c'est avec des Brits et des australiens connus un peu plus tot a Pakse et a Tadlo que je vais passer l'essentiel du temps. On va tous au Cambodge mais a des dates plus ou moins differentes, nos trajectoires se croisent et on s'entend bien. Sejourner sur une ile ou il n'y a pas d'electricite (hormis par generateur), pas de routes, que des pistes qu'on parcourt en velo, bref, on est rapidement absorbe par cette ambiance tranquille et paisible, loin, tres loin de l'agitation du monde. Un reve...

De Don Det (snif, faut partir...), je suis allee directement en direction du Cambodge -'LE' pays du sourire- avec les brits. Passage de la frontiere Laos-Cambodge sans probleme mais un peu long, avec paiement de chaque cote d'un dollar symbolique -autrement dit un bakchich- qui s'incremente d'un dollar supplementaire le dimanche au pretexte que c'est dimanche... et si on rappelle aux douaniers que dimanche c'est deja presque lundi, ya rien a faire, faut raquer. Pour 1 ou 2 dollars, ca va, mais le principe est absurde et anarchique. Ce passage de frontiere la est repute pour ses arnaques. Les histoires de personnes qui l'ont passe en bateau et qui se sont fait ponctionner un bon paquet de dollars (40, 50 voire plus) sont reelles. Bon la, on a du bol, pis c'est dimanche! Ce qui frappe d'entree au Cambodge, c'est le nombre de travaux et de constructions en tout genre qui sont en cours de realisation: des ponts, des routes, des batiments petits et grands. Les chinois ont une part active dans la realisation des travaux, notamment en vue des echanges commerciaux avec la Thailande. On arrive a Kratie une ville au bord du Mekong en fin d'aprem et notre bus nous depose pres du marche central. D'emblee, c'est un condense du cambodge qui s'offre a nos sens. Il y a toujours l'inebranlable festival des couleurs et des odeurs du marche, des tetes a la peau plus foncee enturbannees du traditionnel Krama, le long foulard a carreaux qui sert a tout: a se proteger du soleil, de la poussiere, a essuyer, a se moucher, a empaqueter... Et puis il y a les sourires, le sourire khmer que j'adore, franc et genereux, un peu partout present. On rencontre aussi des exotismes un peu surrealistes, comme ce nombre impressionnant de filles en pyjama dans les rues des que la nuit tombe, vers 18h en general. Elles portent des pyjamas barioles comme si c'etait un petit costume. Au petit tour des imprimes de pyj, il y a le traditionnel Teddy Bear, Winnie l'ourson, mais aussi les imprimes fleuris, des fleurs de lotus, des ballons, des bonbons... ca ferait un joli souvenir a ramener du cambodge ca non ?! Mon pyj prefere reste celui avec les pingouins et les icebergs. Sur le marche, il y a toujours une profusion de legumes et de fruits de toutes sortes, de poissons aussi, peches dans le Mekong et certains sont enormes! La curiosite du jour porte sur une grosse noix, la noix du palmier a sucre, sorte de feve geante blanche, a la chair translucide et legerement sucree. Le palmier a sucre, qui ressemble a un ananas dans son sommet, est tres present dans la region. Il sert notamment aux constructions des maisons, des canaux d'irrigation etc.

De Kratie, on repart tous le lendemain dans des directions differentes. Certains filent a Phnom Penh, d'autres a Siem Reap. Je prends la route en solo pour le Mondolkiri, a l'est du pays, avec un pick-up charge de sacs d'aubergine, d'oignons, d'oeufs, de poissons vivants stockes dans des jerricans, de bidons d'essence et de cartons en tout genre... tout ca forme une montagne sanglee au pick-up par 3 ficelles. Du coup, il n'y a plus de place ! enfin si, il reste la plate-forme sur l'avant toit... Vision panaramique assuree!! Ping, un jeune ado qui adore chanter partage la grille avec moi. On va passer une journee entiere pour atteindre Sen Monorom, dont environ 7 heures au sommet du pick-up. Les paysages le long de la piste sont superbes: villages, plantations d'heveas, puis foret dense, malheureusement en intense deforestation comme le sont les environs de Sen... J'ai beaucoup aime cette region, pour sa beaute mais aussi parce que pour le moment, c'est la ou j'ai les meilleurs souvenirs de rencontres. Les cambodgiens ici sont tres acceuillants, simples et genereux. Du coup, je me suis mise a apprendre le khmer, pas facile! C'est un coin ou le tourisme se developpe. Pour le moment il y a peu de touristes et la plupart viennent en groupe, un ptit tour pis ils repartent. Mais d'ici peu, ca va drolement changer... et je ne suis pas tres optimiste.

 C'est aussi a Sen Monorom que j'ai experimente la nuit avec un gecko, un classique tropical en quelque sorte. Savez-vous ce qu'est un gecko? Je croyais que le gecko etait un oiseau, une sorte de petit perroquet tropical... Le gecko est en fait un petit lezard jaunatre, pas plus grand qu'un doigt ou 2. Certains ont vu des geckos aussi gros que des chats, ce sont sans doute les memes qui en ont vu dans les differents tons de l'arc en ciel... Le gecko est a priori mon ami puisqu'il raffole des moustiques; il est surtout visible la nuit car lui et ses congeneres tapissent les murs des habitations. Il porte le nom de son cri, en realite un "HeHo" bien sonore aux 2 syllabes distinctement detachees. Baker m'avait parle d'un gecko cache dans un faux-plafond de sa chambre, hypothese qui reste a verifier puisqu'il n'a jamais vu son gecko, par contre il l'a surtout entendu puisque ses cris l'ont maintenu eveille toute une nuit durant. Un petit lezard inoffensif qui vous empeche de dormir toute une nuit, avouer qu'il y a plus romantique non?? ca m'avait bien fait rire, jusqu'a ce que moi aussi je passe une nuit -blanche- avec un gecko... J'ignore la raison de leur cri, peut-etre est-elle liee a la satisfaction de gober des mouches et des moustiques?? toujours est-il que le gecko geckote la nuit a intervalle regulier et que de longs silences entrecoupent ses Heho successifs Le cri du gecko commence par un bruit bizarre, une sorte de raclement de gorge rapidement suivi par 3 ou 4 "He" pour l'echauffement sans doute, puis c'est parti: HeHo HeHo HeHo etc etc., puis silence, puis reprise ainsi de suite en boucle. Pour ma part, les 1ers Heho ont debute vers 2 heures du mat passee. Dans mon sommeil, j'entendais comme un appel lointain... HeHo HeHo, mais il m'a fallu un certain temps avant de realiser que ce n'etait pas quelqu'un qui m'appellait mais bel et bien un gecko qui geckotait (decue hein !). Apres sa petite serie de vocalises, je pensais qu'il en avait termine la et que je pourrais finir ma nuit tranquillement. Mais moins d'une heure plus tard, le meme scenario se repete... HeHo t'es ou le gecko ??!! Il est quasi 4 heures du mat, des HeHo plein les oreilles, je suis deja bien enervee et motivee pour partir chasser le gecko. D'apres son cri, je le localise dans la salle de bains, qui pour le coup fait une sorte de caisse de resonnance. Mais a l'inspection des lieux, il demeure silencieux et invisible... je ne vais quand meme pas finir la nuit dans la salle de bains a attendre un gecko! Enfin, ce petit cirque va durer jusqu'au petit matin. Les nuits avec un gecko sont donc inoubliables, on les aime chez les autres mais quand ca arrive chez soi, mieux vaut sortir les boules quies, pour moi ce sera 4 boules d'un coup.

Apres un petit sejour a Sen, je reprends la route pour Phnom Penh, en pick-up. Sauf que cette fois, il est plus que blinde... Au depart, on est deja nombreux et entasses les uns sur les autres comme des patates dans un filet. On a a peine fait 3 kiloms que le pick-up s'arrete, tout le monde descend pour charger des sacs de gingembre grands comme des portes! Tout cela finit par faire une petite pyramide sur laquelle il faut se caser... Nous voila donc tous perches sur les sacs, en s'accrochant a ce qu'on peut. Bon, conclusion, le gingembre, c'est pas super confortable, on va dire ca comme ca. Arrivee a PP, je ne reste qu'une nuit. Les anglais sont sur la cote sud du cambodge et me proposent de les rejoindre, ce que j'accepte. Je viens de me taper 8 heures de piste et demain je recommence, mais en bus refrigere s'il vous plait (je prefere encore le pick-up!!). En realite le trajet est moins long, 4 heures environ et il n'y a pas de pistes, c'est donc rapide. Je suis partie avec un a priori negatif sur cette cote maritime qui se revele en fait tres belle et tres agreable, en dehors de certaines plages ou on propose inlassablement pour quelques dollars un bracelet, un massage, une manucure, une epilation, une pedicure, des gambas grillees au BBQ, des tresses, des perles, des tableaux, des journaux, des bouquins en tout genre... bref, on vous vend toute la boutique et c'est un defile commercial permanent. Je rejoins d'abord les Brits a Kampot, petite ville au sud pres de la riviere Prek Thom. Les empreintes du passe colonial sont encore bien visibles, les vieux batiments sont encore debout, decrepis mais ils conferent un certain charme a la ville . Le premier soir, un peu par hasard, on assite a un spectacle de danse et de musique traditionnelle khmere... c'est l'occasion de decouvrir un aspect plus artistique du cambodge. J'aime bien la danse des femmes, pleine de grace, a la gestuelle des mains tres precise et delicate.

De Kampot, on rejoint ensuite rapidement Bokor, une montagne de plus de 1000 metres couverte de foret dense relativement bien conservee et protegee, la jungle quoi! Du temps de la colonisation Bokor etait une station d'altitude renommee. Il y avait entre autre un palace, un casino, une eglise... Depuis l'independance du pays au debut des annees 50, les lieux ont ete desertes puis saccages par les Khmers Rouges. Des differentes constructions, il ne subsiste que les murs qui se degradent davantage sous l'effet du vent et des pluies. Bokor est desormais une espece de cite fantome qui fout vraiment la frousse lorsque la brume envahit les batiments, ce qui arrive souvent visiblement. Il existait autrefois une route pour aller jusqu'au sommet, soit pas loin de 40 kiloms a parcourir avant d'atteindre le premier hotel en ruine. Mais aujourd'hui la route est tellement defoncee qu'il faut environ 3 heures pour arriver jusqu'en haut. L'enfer. La pire piste sans doute que j'ai jamais connue jusque la... Gary le brit m'a propose de faire le trajet de Bokor avec lui en moto. Pourquoi ai-je dit oui ???? 3 heures +3 ... 6 heures dans un shaker, de quoi transformer un cerveau en puree, sans parler du reste. On sera tellement excede par la route qu'on va finir par s'engueuler pour des pretextes bidons. Mais sans rancune aucune puisque le trajet de Bokor finira par etre noye en soiree dans plusieurs pintes d'Angkor Beer. Ca me fait marrer de voir la tete de Gary toute rouge de laterite, comme s'il s'etait renverse un baril de terracota du sommet du crane jusqu'aux bout des pieds. Enfin faut dire que c'est pareil pour moi... Le lendemain, on file tous a Sihanoukville. Enfin la mer! la plage! le sable etc. Gary part le premier en moto et nous (a 3 avec les 2 anglaises) on le suit en taxi loue pour le coup a plusieurs. Pour rentabiliser un max, les taxis, des voitures ordinaires, sont charges jusqu'au plafond. Pour le trajet Kampot-Sihanoukville, on ne sera pas moins de 8 passagers dans la voiture... dont 4 a l'avant, sachant que le chauffeur ne se trouve pas pres de la portiere, vous suivez ? le chauffeur est donc quasiment au milieu... Hallucinant. Il roule a fond la caisse, et nous derriere, assises sur une seule fesse, avec une jambe compressee au max et a demi paralysee, on plaisante mais on est morte de trouille. Qui me demandait deja quelles etaient les choses non ordinaires, donc extraordinaires que je pouvais voir dans les pays que je traverse ? Les transports au Cambodge recelent de ces choses la, une vrai mine.

Sihanoukville n'a rien d'extraordinaire en soit. Ce sont la cote, la mer et les plages qui sont belles et pas si frequentees que ca, avec quelques petites iles toutes proches qui semblent toutes tres chouettes, avec parait-il de beaux fonds marins. Dans l'ensemble, on ne peut pas dire que ce soit une cote sauvage puisque les constructions immob (des vastes complexes hoteliers vraisemblablement) fleurissent un peu partout. quoi qu'il en soit, le sejour sur la cote a ete idyllique. Avec une mention speciale pour la soiree du dimanche... Ce soir la, il se trouve qu'il y a le match de rugby France/UK. Gary, en ancien rugbyman averti, veut le regarder et n'arrete pas de me bassiner avec la pre-supposee victoire des Brits sur les frenchies. Du rugby, je connais un peu les joueurs, F.Pellous, Ibanez... les messieurs mois de mai et mois de juin non? et un peu aussi les regles du jeu... Bon j'arrive a suivre un match quand meme, et je parie avec le brit: je mise sur mon equipe nationale bien sur, et puisque nous sommes dans la region du gros fruit qui pue, le durian, et bien l'enjeu sera de manger un durian TOUT ENTIER pour celui qui perd. Je plains le perdant mais Gary m'a tellement rabattu les oreilles avec ce match que je finis par douter des francais et l'idee de manger un durian me turlupine car ca schlingue trop fort... Sur ce, je vais faire un tour au marche et je pose discretement sur la balance un durian choisi au pif, de toute facon ils sont tous pareils. L'aiguille indique 1 kilo!! 1 kilo de ce truc immonde qui pue le soufre et la charogne, c'est vraiment un supplice de manger ca et je dois commencer a me resigner sur le sort qui m'attend ... ou pas. Quand le match commence, il est 22 h passees. Les brits regardent le match dans un bar ou je suis visiblement la seule francaise. Plusieurs fois dans les commentaires televisuels imbitables j'entends parler des "froggies" (les grenouilles, comme nous designent si affectueusement les brits...), bref tout ca me saoule. Je decide d'aller regarder le match ailleurs mais je n'ai pas trop le choix. Je finis par trouver un bar et par suivre le match avec des commentaires en francais en compagnie d'une seule personne, un frenchy, un ancien rugbyman, bourre jusqu'a l'os et qui n'en finit plus d'injurier l'equipe britannique. Enfin, le score final arrive et je retrouve une patate d'enfer! C'est d'ailleurs avec un petit sourire diabolique que je file feliciter Gary pour son courage a manger tout seul un truc aussi immonde que le durian. Mais il a une plate excuse: la tourista a recemment envahi son corps et il est dans l'incapacite de manger autre chose que du riz bouilli et des bananes (un regime riz+bananes que j'ai suivi au debut de mon sejour en Thailande, mais sans tourista, si bien qu'au bout d'une semaine, je ressemblais a un ballon... regime a eviter donc). Le lendemain, on ira quand meme au marche gouter ce fruit, si on peut appeler ca un fruit! Quelques touristes chinois sont presents pour en acheter et ils nous en proposent gentiment. Non seulement ce fruit fouette mais en plus, sa chair de couleur jaunasse n'a rien de ragoutant. La texture est molle et pateuse, et le fruit a le gout de son odeur, c'est-a-dire de decomposition! Le pire, c'est que l'odeur est tenace, pire qu'un oignon cru ou qu'une gousse d'ail. J'ai un peu de mal a comprendre l'engouement de certains pour ce fruit...

Retour sur PP en fin de matinee. Les Brits filent tous sur Angkor et moi je reste sur PP pour quelques jours... Phnom Penh m'apparait d'abord comme une ville de contrastes, les ecarts entre les deux extremes -pauvrete, richesse- sont pregnants. Les mendiants, les enfants dans la rue, les estropies en tout genre forment un vraie cour des miracles qui cotoie les 4x4 rutilants et les maisons somptueuses. Mais c'est aussi une ville pleine de vie, avec une intense activite de petits commerces, de marches, bref de tout. J'aime bien cette animation la. Visiter PP, ce n'est pas seulement aller au Palais royal, voir la Pagode d'Argent et passer du temps au musee national. Tout cela est du reste bien interessant, mais c'est aussi ouvrir une page d'histoire sombre du pays, celle du regime des Khmers rouges. En peu d'annees - de 1975 a 1979- pres de 2 millions de cambodgiens ont ete extermines, soit environ 1/4 de la population du pays. Tuol Sleng ou la prison S21 illustre a elle toute seule la cruaute et l'absurdite du regime des Khmers rouges. Cette ancienne ecole a ete reconvertie en centre de detention et de torture sous le regime sanglant et repressif de Pol Pot. J'avais deja vu le lieu en photo, mais une fois sur place, wa ca fait froid dans le dos. On comprend que c'est une veritable machine a broyer de l'humain que Pol Pot a mis en place, une societe basee sur la peur, la delation et l'extermination. Et dire que ca existe aussi ailleurs et que ca continue, a quoi sert l'histoire?? Apres avoir vu ca et vu un petit bout du pays, je me demande si aujourd'hui on peut parler a propos du Cambodge de 'nation reconciliee', comme on peut l'entendre ou le lire dans les journaux. Des propos qui m'interpellent a vrai dire... Sans attendre une reponse claire, evidente et binaire, j'avais neanmoins pose la question a Chantorn, mon guide dans la Mondolkiri, un jeune gars avec qui j'avais pas mal discute. Son pere qui transportait des cigarettes a ete fusille dans les annees 80 par des partisans de Pol Pot. Pour lui, il n'y a pas a proprement parler de reconciliation mais une sorte de resignation qui doit beaucoup a la culture khmere, tres empreinte des preceptes religieux bouddhistes. Je serais curieuse d'en savoir davantage. Pour ca, faut passer du temps ici, s'impregner un peu plus de la culture, rencontrer des gens... ca me plairait je pense. Le cambodge me plait, PP aussi, c'est dans l'ensemble la capitale que je prefere des villes d'Asie que je connais. Je reste quelques jours encore ici mais par contrainte car ce n'est pas la top forme pour ma pomme. J'ai du choper un truc et je suis un peu malade, je me traine comme une lavette, mais ca devrait aller. J'espere aller a Angkor assez rapidement, demain !


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