
Tu aimes la laterite ? tu aimes les caillasses? te casser le dos sur des pistes defoncees et te faire secouer sur un engin motorise a 2 roues qui te maitrise mieux que toi ? tu as du mal a te situer dans l'espace, tu prevois de faire des visites dans le coin. Pour une personne ordinaire, cela prendrait une a 2 heures mais avec toi, ca occupe une journee facile. Le temps et l'espace sont ne sont pas seulement multidimensionnels, ils sont avant tout aleatoires... Si tu remplis les cases enoncees, alors rejoins les pieds nickeles de l'orientation. Ils sauront te guider dans des sentiers et des culs de sac que tu n'aurais meme pas imagines. ils sauront trouver une becane fougueuse, avec une aiguille au compteur qui t'indiquera que ton reservoir est toujours plein, meme si tu roules jusqu'a la nuit et jusqu'au Yunnan (en pedalant peut etre), et une deuxieme qui te dira que tu roules a 0 km/h en toutes circonstances. Avec Michel, les egarements deviennent presque banals... donc lorsque je ne mettrai plus a jour ce blog, c'est que je me serai egaree pour de bon! A Chiang Saen, dans le nord thai, on remet le couvert avec nos bikes. Avec nos casques passoire et nos lunettes, on ressemble aux 2 flics de "Chips", Baker et Poncherello ...en version 'cheap', c'est pour ca que vous ne verrez jamais de photos de nous sur ce blog !! Au programme du jour: le hall (musee) de l'opium, haut lieu demagogique, a une vingtaine de kiloms au nord de la ville. En avant, vroummmmm, mais une fois sur place, premier constat: le musee est ferme! Ok, alors on se rabat sur un Wat, un temple... Le Wat Truc a voir est au sud de la ville. Pas grave, on est les rois de la route, donc en avant pour le wat. Mais la tentation des bifurcations est trop grande... le bitume tout lisse, ca va 3 minutes. On ne tarde pas a prendre une perpendiculaire a la route principale... Elle indique le lac de Chiang Saen. La route est belle... Le lac, qui de loin ressemble a une grande flaque, est en realite majestueux et tres etendu... Personne a l'horizon, c'est calme. On profite de cette matinee tranquille pour se balader avec nos 2 roues le long de la rive. Pour les passionnes d'ornithologie, c'est un eden; les especes d'oiseaux sont nombreuses et certains sont tres beaux. Au fur et a mesure qu'on avance, on s'eloigne du lac et de la route... on est en train de composer un vrai mode d'emploi pour se perdre dis-donc, c'est fou, on est trop forts... en flippant un peu car les heures passent sans qu'on sache vraiment ou on est sinon en Thailande... Enfin, a des heures tardives, c'est plus le hasard qui nous remet sur le bon chemin qu'autre chose! On en aura mange de la laterite ce jour la! on en aura traverse des champs d'ananas, des plantations de mandariniers, sans compter les rizieres et les champs de soja... tout ca pour voir initialement un Wat..., et quel wat deja ?? trop tard, on rentre, on ira le voir le lendemain, le jour de fermeture...
Chiang Saen est une petite ville etonnante, avec bien peu de touristes bien que ce soit une tres ancienne cite, avec quelques tresors archeologiques dignes d'interet (dont des remparts du 13e s., une haute stupa a base octogonale etc). Et puis, c'est surtout un petit port fluvial actif: on voit pas mal de bateaux chinois embarquer et debarquer des marchandises sur le Mekong, tout manuellement et dans la bonne humeur. Le Mekong... c'est avec une certaine emotion que je revois ce grand fleuve... D'ailleurs a Chieng Saen, on peut pique-niquer sur ses berges... vite fait car un immense nuage noir barre l'horizon. On plie la nappe fissa et on arrive a la GH juste avant la tempete. j'ai jamais vu ca, c'est un vent d'enfer qui se dechaine ici! il deracinera un arbre sous nos yeux. Woo! Est-ce un signe? car depuis la pluie va nous suivre par intermittence jusqu'au Laos, pas loin puisque c'est de l'autre cote du Mekong. Avant Chiang Saen, je dois mentionner un coup de coeur pour un patelin du nord thai, Mae Salong. C'est un petit bourg essentiellement peuple de chinois, des refugies, anciens du Kuomingtang qui ont fui la revolution chinoise de 1949 et qui se sont installes dans les jolies montagnes du nord thai depuis la fin des annees 50. Dans ces montagnes, ils ont developpe la culture du the, un Oolong (Ulong ?) au parfum et au gout subtil. Ils cohabitent avec les minorites installes ici, des Akkhas, Hmongs etc. Les paysages sont sublimes et la vie ici est reellement agreable. Voili schematiquement le bout de mon parcours du nord thai. Mais bye bye le pays du sourire (dans les campagnes), de la modernite, des mille et unes saveurs, des contrastes et du business, c'est le Laos qui nous acceuille maintenant, plus particulierement le nord lao... La frontiere se passe sans encombres pas loin de Chiang Saen, a Chiang Khong exactement, il y a juste le Mekong a traverser. On enfile les maillots et voila. Si t'aimes la laterite, alors sur les routes du Laos, tu es au paradis ! En fait, il y a bien quelques routes, mais dans ce cadre TRES montagneux, il y a plus de pistes de particules rouges proteiformes. De la plane, bien tassee. De la mitee avec des trous grands comme ta baignoire. De la toute mouillee, glissante comme une planche savonnee, et quand t'avances dessus en crabe, avec des ravins autour, tu ne la ramenes pas trop... Enfin, quelque soit la piste, il y a toujours un petit nuage qui te poursuit, de la laterite qui se colle a toi, pire qu'un chewing-gum sous une tong. Mais j'aime bien ! Je ne voudrais pas etre ailleurs en ce moment qu'ici, sur la piste! Sans doute parce que je sais que sur la piste et au bout, ce sont tant de beautes que le Laos offre si genereusement. Des paysages sublimes qu'on dirait tout droit sortis de tableaux de scenes pastorales du 17e s. ou des estampes d'Hiroshige... il y a une poesie la-dedans, beaucoup de nature que presque rien de vient perturber, bref une certaine authenticite. Et il faut en avaler de la poussiere et des kilometres sur des pistes larges comme 3 paires de tongs pour voir ces beaux paysages qui s'etalent sous nos yeux. Faut commencer par s'entasser dans des pick up baches... Pour prendre la route Huey Xai-Luang Nam Tha, il ne reste que 20 centimetres a l'arriere du pick up... Ok, j'y vais. Michel n'est pas content car il ne reste que la tranche du rabattant arriere du pick-up pour installer son posterieur. On lui dit de s'assoir ici et qu'il n'a pas le choix. L'imaginer prendre la piste pour pres de 8 heures assis sur ce truc a se faire secouer comme une prune, c'est fun! d'autant plus qu'on commence a fixer des paniers a poules juste derriere nous, des poules qui piaillent au moindre soubresaut, autant dire, tout le temps! Je ne sais pas que dans quelques heures, je rigolerai moins... On est vraiment serre-coince, pas possible de remuer un seul doigt de pied. Ca secoue comme un shaker et si quelqu'un vomit, tant pis, on continue de rouler! C'est epique les transports ici... entre celle qui colle son chapeau a la bouche, finit par vomir dedans puis par le balancer sur le chemin l'air de rien, celui qui se penche par la fenetre pour renvoyer son dejeuner et qui perd sa casquette au passage ... Et on n'oublie pas les animaux ! comme ces 2 cochons ficeles a l'arriere sur le marche-pieds du pick-up, qui poussent des grouiks stereophoniques des que quelqu'un monte ou descend du vehicule... Faut dire que les pistes sont non seulement accidentees mais aussi souvent sinueuses. On emprunte des routes en lacets, mais on roule dans des noeuds... c'est pour ca qu'il existe des tournees generales avant le depart de sacs plastoc (pour nous, y'avait pas de sac mais des francais rencontres plus tard ont eu droit a ce petit supplement plastifie) et qu'il faut pas loin de 7 heures pour parcourir un peu plus de 100 kilometres... La Thailande a cote, ca me parait aussi lisse qu'une piste de velodrome. Arrives a Luang Nam Tha, bourg sans charme et tout plat, on est pourtant dans la montagne laotienne. C'est l'occas de faire des treks, d'etre en pleine nature et de rencontrer les nombreuses minorites presentes dans la region dont le mode de vie n'a guere change depuis des lustres. C'est ce qu'on fera a Muang Sing, un autre bourg un peu plus au nord encore, a moins de 10 kiloms de la frontiere chinoise. Ici, rien qu'en se baladant dans la rue, dans les patelins avoisinants et dans les marches, on croise des Meos, des Akhas, des Thai Dam, Thai Lu... bref, plein d'ethnies melees ici toutes ensemble, et leurs costumes barioles n'ont rien de folklorique. La chine est tres presente economiquement ici. Par exemple, pas mal de minorites cultivent la canne a sucre (et aussi l'hevea pour le latex) qui est expediee en Chine pour etre traitee puis, en echange, les chinois amenent aux Akhas des sucriers... boh non, c'est pas vrai ce retour la, mais la verite n'est pas loin. Le Laos fournit les matieres premieres et les chinois ramenent aux Akhas du phosphate pour leur rizieres etc etc. No comment (bis). Les treks dans le nord seront abreges rapidos car le temps peu clement -de la flotte!- nous contraint a reprendre la route pour un cadre plus verdoyant, aussi montagneux mais different, et surtout moins nuageux ! Cap au sud, disons une centaine de kiloms plus loin, parcourus en 2 jours tout de meme! Attente du bus, qui peut etre tres longue parfois, bus qui cahote et toussote sur la piste, puis voila! La recompense: Nong Khiaw. Un petit bout du monde, a la lisiere du paradis... Un cadre magnifique, des montagnes dodues et toutes vertes qui tombent dans une jolie riviere, la Nam Ou, avec quelques barques de pecheur et des gosses qui jouent dans l'eau. Puis aussi des jardins autour et de petits bungalows en bambou pour les toutous blancs. Enfin se poser! et oublier le temps qui passe. Hier c'etait quand? et demain on est quoi ?? L'idee de faire un petit sejour dans ce cadre idyllique s'est imposee d'elle meme et on a passe quelques jours de vie paisible, en harmonie avec la nature, loin de tout. Top. Comme il y a pas mal de francais qui baroudent dans le coin et dans le Laos en general, avec quelques uns, on s'est regroupe pour charteriser une barque a fond plat afin de descendre la riviere jusqu'a Luang Prabang. Au moins ca nous change des songthaews! Voyager en bateau pendant un peu plus de 5 heures, c'est regarder toute une vie tranquille qui s'egrene le long de la riviere... La langueur lao prend ici tout son sens... En aval, la riviere rejoint le Mekong, dont elle est un affluent. Le cours s'elargit mais ce sont toujours les memes scenes bucoliques qui s'offrent a nos yeux. Une certaine douceur de vivre laotienne... C'est dans un joli cadre de montagnes dodues et vertes qu'est situe Luang Prabang. Luang Prabang est une superbe ville, petite cite royale au bord du Mekong, pleine de temples, de bonzes et de ...touristes! c'est bien normal d'avoir autant de succes quand on est une belle ville! Classee au patrimoine mondial de l'humanite par l'UNESCO, elle se refait un petit lifting depuis quelques annees deja. Amenagement et refection des temples, des rues, des venelles, mais aussi des maisons laos en bois avec balcon, souvent noyees sous les bougainvilliers... Le charme est la, quoi qu'il en soit et quoi qu'on en dise. Luang est aussi attachante et douce que le bonjour laotien, le sabaidee (sabadi). Trois syllabes de plaisir pour l'oreille, les yeux et la tete en general. Apres Luang, direction le sud, piano-piano et sur le bitume s'il vous plait ! Ca nous change des pistes, et cette fois, on y va en minivan. Dans minivan, il y a 'mini' et quand il doit charger des Brits et des Aussies qui mesurent tous pas loin de 2 laotiens en hauteur, les personnes de petite taille doivent se caser ailleurs, dans les espaces dits intermediaires, en tout cas pas sur un siege. Pour ma part, ce sera entre la boite de vitesse et le frein a main. Pas de frayeur ce jour la avec Bruce le chauffeur, il a toute la placidite de la conduite laotienne, mais on aura droit tout de meme a une panne en pleine montagne... Au final, il nous aura fallu une journee entiere pour relier Luang a Van Vieng. Pas grave, le panorama en amont de Van Vieng est magnifique... des petits et grands pains de sucre par dizaine, chapeautes par la brume... on se croirait dans 'le Seigneurs des Anneaux'. Van Vieng est un petit bourg affectionne par des routards pseudo babas qui semblent tous se rencarder ici. Perso, je deteste, ca ressemble a Kao San pourtant mais la, aucune trace de vie lao ... les rues se ressemblent toutes: une succession de restos avec des banquettes orientees vers 2 ou 4 grands ecrans et des toutous blancs vautres dans les coussins pour regarder des DVD ou des series tele... "C'etait comment le Laos? t'as fait koi ? ben j'etais dans un canap et j'ai mate des dvd"... A part ca, Van Vieng est repute pour ses concretions calcaires (les pains de sucre) et ses grottes. Ca vaut le detour, c'est sur, c'est splendide. Les sentiers sont balises mais les visites restent artisanales. Depuis qu'un australien est parti tout seul visiter une grotte avec sa lampe de poche sans verifier l'etat des piles et qu'on ne l'a jamais revu -enfin, vivant- les visites avec guide sont desormais obligatoires. Pour Michel et moi, il vaut mieux etant donne qu'on arrive a se perdre dans 1 kilom carre en plein jour; j'imagine ce que ca pourrait etre dans une grotte toute sombre... on serait deja en train de ramper entre les stalacmites et de lecher les roches pour recuperer l'eau... un cauchemar. Donc nous voila dans la grotte avec un guide lao et une lampe frontale chacun, avec une lumiere si tamisee que j'ai de la peine a distinguer le V inverse de mes tongs... c'est parti pour 1 kilom dans la semi obscurite, a marcher sur on ne sait quoi, mais jamais sur des choses planes, la un champ de savons, la des dentelles de roches aiguisees comme des sabres... on avance tout doucement quand on ne marche pas a quatre pates dans la boue pour passer sous les rochers... vive la speleo en tongs! Ah oui, j'oubliais, on a aussi vu des chutes d'eau, tres chouettes, dans la jungle, avec des lianes de tarzan partout etc et des endroits pour se baigner. Le paradis, tres hollywood chewing-gum. Bientot fin fevrier, waouh, les jours defilent a toute allure... Aujourd'hui je suis a Vientiane, la capitale laotienne qu'on dirait tout droit sortie des annees 50 pour son architecture, ses rues et ses demeures francaises, du moins ce qu'il en reste. Je n'ai pas tres envie de visiter... je mets ca au programme de demain. Demain ou apres-demain, mon compagnon de voyage retourne en Thailande puis en France. Nos routes se separent ici. L'experience en solo commencera donc avec le sud du Laos. Mais je sais deja que je vais retrouver la-bas des tetes connues, rencontrees au fil du voyage dans le nord thai et lao. Bye donc le Laos, le temps d'une page de blog... Quelle petite feuille ridicule par rapport a ce que peut offrir ce pays et ses habitants! bon alors je ramene quoi du 'pays au million d'elephants' ?? un elephant peut etre ... qui logera en hte-savoie maintenant que je sais que les elephants peuvent faire de l'escalade... je n'en ai pas vu un seul depuis que je suis dans ce pays... peut etre qu'ils sont concentres dans le sud ou je me rends tout prochainement (11h de bus, theoriquement...). Je compte passer environ une semaine la-bas, ou plus, a voir, autour du plateau des Bolavens puis des 4000 iles parsemees au milieu du Mekong. Ensuite, je prendrai la route du Cambodge. Je ne respecte pas vraiment mon calendrier initial, mais ca, ca fait partie du voyage. |