
Prendre le temps de prendre son temps, ce n'est pas encore pour tout de suite... et ca n'a pas ete le cas en Malaisie... Modification de programme pour la peninsule malaise, pourtant le seul pays ou j'ai un peu potasse les guides, l'histoire et les trajets avant de partir parce que cela reste un pays mythique pour moi (la jungle, Borneo, Malacca...). Mais bien sur, une fois sur place, je n'ai rien respecte de ce que j'avais prevu. La faute a quoi/a qui? un ptit coup de fatigue apres ma semaine un peu dingue sur Ko Lipe sans doute. Arrivee peniblement a Kuala Lumpur, j'ai effectue un stationnement prolonge dans cette capitale a priori sans grands attraits afin de retrouver ma patate supersonique, enfin, juste de quoi m'installer doucement sur sa rampe de lancement. La peninsule malaise, euh..., hormis les palmiers et les especes tropicales, c'est d'abord un paysage guere different de ce qu'on peut voir en Europe. Des routes parfaitement lisses, des maisons en dur etc ou rien ou presque ne depasse. Pas ou peu de trace de pauvrete, le pays est riche (petrole, huile de palme, commerce etc), donc tout ca rassemble met une claque sur les prix. La Malaisie, c'est cher comparativement aux pays precedents, et je prends pour la premiere fois l'option des dortoirs la nuit venue. Il y a bien des coins ou les transports sont rudimentaires, ou le siege du chauffeur a disparu pour laisser place a une chaise de jardin en plastoc, des espaces ou la bouffe -delicieuse- reste a moins d'un dollar comme les hawkers (stands ou cantoches ambulantes) et c'est bien comme ca. Car oui, une fois cette couche de vernis grattee - un modernisme qui affiche toujours le meme visage occidental-, la malaisie peut devenir vraiment depaysante et recele de petites merveilles. A Malacca au 16ieme siecle, on parlait plus de 80 langues differentes. Voila un exemple peut-etre de ce qu'est la Malaisie aujourd'hui, un pays ou les cultures sont a la fois melangees et juxtaposees: indienne, chinoise, malaisienne, le tout saupoudre de preceptes islamiques (la religion principale). C'est plus qu'interessant, ca merite un long sejour, mais tant pis, ce ne sera pas pour cette fois. J'arrive a Kuala Lumpur (KL) en meme temps que d'epais nuages gris, rapidement delayes en trombes d'eau interminables. Pour me consoler, je suis allee faire une visite a l'aquarium quasi tout neuf de KL, la tete encore dans les fonds marins thailandais. L'aquarium est situe dans le quartier d'affaire de Kuala et pour y acceder j'ai du prendre le metro... Autant dire que ca m'a fait un choc de me retrouver la-dedans, avec mes tongs, mes tatoos, mes dreadlocks et mes piercings... j'avais un peu l'impression d'aller bosser a la Defense... Aaaark ! Le quartier est bien moderne, les buildings poussent comme des champignons et c'est la ou sont situees les 2 tours parmi les plus hautes du monde, les tours Petronas, sorte de twin towers de plus de 450 metres. Les 88 etages des tours abritent des bureaux dont ceux de la societe petroliere fondatrice, Petroliam Nasional Berhad, et un peu plus bas, un vaste centre commercial tres bien refrigere. L'architecture des tours allie modernisme, prosperite economique et religion. Chaque etage forme une etoile de huit points, une conception inspiree par les modeles islamiques traditionnels de Malaisie. Les deux tours sont reliees par un pont flexible au niveau du 42e etage, le seul endroit accessible pour les visiteurs, mais je n'ai pas pu y aller... j'ai du me contenter de les regarder de l'exterieur et de les trouver indeniablement superbes de jour, plus encore de nuit. Dans l'aquarium, j'ai pu reconnaitre quelques especes vues plus tot a Tarutao; j'ai notamment vu des nautiles vivants, comme le coquillage que je tiens dans la main a Ko Bulon, un nautilus pompilius, une espece qui vit en eau profonde et qui existait deja il y a 400 millions d'annees... Apres l'aquarium, je suis restee branchee sur le programme 30 millions d'amis et suis partie visiter le parc aux papillons, puis celui des oiseaux. Ces parcs sont reputes; celui des papillons qui regroupe plus de 120 especes est considere comme etant le plus grand au monde. Je me suis dit que ca valait le coup d'oeil, d'autant plus que des especes pourtant autochtones de calaos (hornbill) et de bucerotides, je n'allais peut etre pas en croiser souvent durant mon court sejour en peninsule malaise. Retrospectivement: Bingo! J'ai beaucoup aime le parc aux papillons, un immense jardin comme chacun aimerait avoir: des plantes tropicales variees et parfaitement entretenues avec pleins d'especes de papillons evoluant dedans, c'est magnifique! meme si au bout d'une heure on realise qu'on est dans un veritable sauna (l'espace est semi-clos et l'humidite doit friser les 100%) bref, ca vaut le detour assurement. KL... je trainasse... 4 jours... Pour la derniere soiree a KL, l'absence de bonnes idees nouvelles commence a me desoler, mais quelquefois les a-priori negatifs vous surprennent et revelent un petit lot de ravissements. C'est comme ca que je me suis retrouvee au sommet de la tour Menara, 276 metres... Une tour moche vue d'en bas mais une fois rendue en haut, je touche le ciel un soir d'avril! Je suis arrivee en fin de journee et j'ai regarde le soleil disparaitre dans l'horizon puis la nuit envelopper peu a peu la ville... Et voir une ville qui s'allume, se pare de mille pepites lumineuses, c'est magique ! Incroyable de regarder les ultra modernes tours Petronas s'eclairer et de penser qu'a une centaine de kiloms de la, il y a la jungle, avec une des forets primaires la plus ancienne du monde, 130 millions d'annees ... Cap sur le Taman Negara... la jungle, la vraie, avec ses grosses araignees poilues, ses phasmes geants, ses coleopteres grands comme une main, ses sangsues, ses fougeres arborescentes, ses lianes, ses singes hurleurs, ses plantes vasculaires, ses serpents aux couleurs saturees, ses bruissements differents entre le jour et la nuit... c'est purement extraordinaire! Ambiance dans ce parc national... on ne serait pas etonne de voir debarquer la-dedans un Tarzan avec son micro short ou un Indiana Jones tout suant dans cet espace chaud et hyper humide. bon j'ai adore. Je ne suis pas allee tres loin mais ca m'a suffit pour me donner envie de remettre ca dans une autre jungle peut etre... Sumatra? a voir. Cette foret primaire abrite de tres nombreuses especes d'arbres; certains sont immenses car dans cette densite vegetale, les arbres luttent pour obtenir le maximum de lumiere et leurs troncs, lances vers le ciel, sont souvent tres longs et hauts. J'aurai l'occasion de me rendre compte de la hauteur en empruntant des passerelles suspendues au sommet de la canopee, un long chemin en fait... Et quand on nous deconseille de regarder en bas, et bien arrivee au milieu du pont je fais quoi? Je regarde en bas... et la, il se passe quoi ? Impossible d'avancer... Je me retrouve comme une conne scotchee sur la planche du pont qui balance, les jambes dans la ouate et les mains qui broient la corde. D'ailleurs la corde est en train de lacher sous mes griffes, et j'entends la planche qui craque, prete a me precipiter dans le vide tropical et... et alors?... Ben alors rien, zero tarzan pour me recuperer au passage. Me faut juste un temps de conscience, histoire de rassembler quelques neurones pour regarder ailleurs qu'en bas, c'est-a-dire droit devant soi et avancer. Pourtant, sous les pieds, on devine le vide plus qu'on ne le voit vraiment. Du dessous, la jungle est tellement dense que le jour on peine a voir la lumiere et la nuit tombee, il fait si noir qu'on a l'impression d'etre dans un tunnel. Drole de jungle... Parmi les autres decouvertes au Taman Negara, il y a la riviere Tembelling qui ressemble a l'Amazone en plus petit et les villages d'orangs aslis, des chasseurs nomades vivant dans des huttes de feuillages et figurant parmi les premiers occupants en Malaisie. Ils ressemblent fortement a des papous, les cheveux crepus, une peau tres foncee; on a l'impression que le tourisme n'a guere d'emprise sur eux, ce qui est evidemment faux car le Taman Negara est bien balise et frequente. Dans cet espace ou la foret regresse comme une peau de chagrin, ou tout est si beau mais si fragile, il y a de quoi donner envie de bruler des tronconneuses et des bulldozers... Apres le Taman Negara, en route, plus justement sur les rails, en direction du nord avec le 'jungle train'... un train poussif avec pas mal d'heures de rail derriere lui. Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu un train circuler toutes portes ouvertes, pour ainsi dire, je n'en ai jamais vu ! Le train traverse une grande partie de la jungle -paysages superbes garantis- et s'arrete dans tous les patelins du coin. Donc apres une foultitude d'heures dans cet engin bringuebalant, j'arrive au nord de la peninsule, pour rejoindre ensuite assez rapidement les iles Perhentians, une nouvelle page de la brochure Azur et Cocotiers. Le coin tient ses promesses, c'est superbe et suis encore heureuse dans l'eau puisque cette fois, je vois des tortues, des requins de recif inoffensifs, plusieurs raies a pois bleus et d'immenses poissons perroquet. Chouette. meme si je trouve qu'il y a quand meme pas mal de coraux morts... Des iles Perhentians, il est temps pour moi de regagner une autre ile, a l'ouest, de l'autre cote de la peninsule. A Penang, le bus de nuit me largue en peripherie de la ville a 4.30 du mat... c'est rude! D'autant plus que le centre ville est loin, qu'il n'y a que des taxis bande de voleurs feroces pour m'y conduire, bref, pas cool. Un peu plus tard et de debrouille, je me retrouve dans une voiture pleine de jeunes personnes sympatoches qui m'embarquent avec eux puis me deposent dans le centre. Il est alors 5 heures bien tasse, je dois trouver une GH dans une rue ou je croise tour a tour des rats geants et des travelos. C'est carrement surrealiste. Je finis par trouver une GH pouilleuse au possible, je suis a peine couchee que l'appel du muezzin commence, et 4 a 5 heures plus tard je me reveille avec d'etranges boutons sur les bras... Penang, t'as du charme tu sais avec ton passe de comptoir britannique mais le temps est venu de quitter la peninsule malaise et de rejoindre l'immense Indonesie. |